310. Le Rhin Suisse
Chant du XIXe siècle, Suisse. Attribué à « H. Stune ».
Ce chant patriotique, mettant en avant la double source du Rhin située dans le canton des Grisons en Suisse, date probablement de l’époque de la guerre franco-allemande de 1870.
1.
Les Alpes sont à nous, et leurs cimes de neige
Et leurs pics sourcilleux, formidable cortège
Séculaire berceau du fleuve souverain
Nos pères ont goûté sa vague froide et pure
Il fallait au grand fleuve une grande nature
Il est à nous le Rhin!
Oui, à nous,
Il est à nous le Rhin!
2.
Notre érable de Trun (1) le couvre de ses branches
Il écoute joyeux le bruit des avalanches
Il reflète nos monts dans son cours souverain
Soir et matin là-haut, le pâtre au sein des nues
Contemple en priant Dieu ses deux rives connues
Il est à nous le Rhin!...
3.
Il ne connaîtra pas nos montagnes captives
Les petits-fils de Mals(2) peuplent encore ses rives
Son flot n'est point le serf du Franc ni du Germain
Digne des vieux Grisons, il coule fier et libre
À la Suisse le Rhin, comme à Rome le Tibre
Il est à nous le Rhin!...
4.
Il est à nous le Rhin! Voyez-le dans sa course
Bondir et s'élargir en sortant de sa source
Au pied du Saint-Gothard(3), il est né souverain
Mais voyez-vous là-bas son onde insaisissable
Va se perdre ignorée et mourir dans le sable
Il est à nous le Rhin!...
(1) Trun: village du canton des Grisons
(2) Mals: village du Tyrol du Sud proche de la frontière
(3) Le col du Saint-Gothard est à une dizaine de kilomètres de la source du Rhin antérieur (la source elle-même est plus proche du col de l'Oberalp).
English translation
The Swiss Rhine
The Alps are ours, and their snowy summits
And their frowning peaks, a formidable procession,
Age-old cradle of the sovereign river.
Our fathers tasted its cold and pure wave;
The great river needed a great nature.
It is ours, the Rhine! Yes, ours,
the Rhine is ours !
Our maple of Trun [village] covers it with its branches;
It joyfully listens to the roar of the avalanches;
It reflects our mountains in its sovereign course.
Evening and morning up there, the shepherd amid the clouds
Contemplates, while praying to God, its two familiar banks.
It will never know our captive mountains;
The grandsons of Mals [village] still people its banks.
Its flow is no serf of the Frank or the German;
Worthy of the old Grisons [canton], it flows proud and free.
To Switzerland the Rhine, as to Rome the Tiber.
The Rhine is ours! See it in its course
Leap and broaden as it leaves its source.
At the foot of the Saint-Gotthard [mountain pass] it was born sovereign;
But do you see over there, its elusive waters
Are going to lose themselves, ignored, and die in the sand
Source: Paul BRATSCHI, « Recueil de chants à deux voix » (1914), N°44.
