330. Aux feux de l’aurore, la grappe se dore

(La Vendange)
Chant de vendangeurs, France. Par Casimir MÉNESTRIER (1815).

1.
Aux feux de l'aurore
La grappe se dore
Mûrit, se colore
Invite au larcin :
Amis, qu'on se range
Courons en vendange
Chanter la louange
Du dieu du raisin

Que sur sa tonne
Grégoire entonne:
"Vivent l'automne
Et son jus charmant !"
Dans nos charrettes
Que les fillettes
Et les feuillettes
Voyagent gaîment !

2.
L'amante s'éveille
Et court sous la treille
Remplir sa corbeille
Près d'un gai luron
Dieux ! qu'elle est jolie
Bacchus, la Folie
Barbouillent de lie
Son pudique front

Cupidon guette
La bergerette
D'une serpette
Il se forge un dard
Puis il l'attrape
La fait sous cape
Mordre à la grappe
Qu'il tient à l'écart

3.
Versant sur la terre
Des flots de lumière
Le soleil altère
Nos gros jouvenceaux
On boit, on travaille
Et mainte futaille
Sent gonfler sa taille
Sous ses vieux cerceaux

Femme gentille
Dont l'œil pétille
Près d'un bon drille
Accourt travailler
L'époux sévère
Qu'on ne craint guère
Ne vient derrière
Que pour grappiller

4.
Dans la tonne vide
La hotte se vide
Le buveur avide
Saisit le fouloir
Brillant d'allégresse
Il écrase, il presse
Ce fruit que caresse
Son œil plein d'espoir

Selon l'usage
Après l'ouvrage
Tout le village
Court sous le berceau
L'appétit pousse
Puis l'aï mousse
Et sous le pouce
On mange un morceau

5.
Une chansonnette
Franche et guillerette
En choeur se répète
Et vous met en train
Le cœur est en danse
On saute en cadence
Et l'on se balance
Au son du crin-crin

Mais le jour baisse
Le travail cesse
Avec ivresse
On rentre au hameau
Les vendangeuses
Vives, joyeuses
Plus amoureuses
Sautent sous l'ormeau

6.
La cuve bouillonne
Bacchus sur sa tonne
De pampre couronne
Le gai vendangeur
Des buveurs en groupe
Armés d'une coupe
Versent à la troupe
La rouge liqueur

Tandis qu'on joue
Et qu'on s'enroue
J'entends la roue
Du pressoir crier
Des fruits qu'on foule
Devant la foule
Le vin découle
Pour nous égayer

7.
Quel vin agréable
Quel jus délectable
Mes amis, à table
Courons nous asseoir
Sans craindre la goutte
Allons, qu'on le goûte
Et qu'aucune goutte
Ne reste au pressoir

Dieux, quel délire
Le vin m'inspire
Quel joyeux rire
Quels éclats de voix
D'humeur plus vive
Chaque convive
Séduit, captive
Un joli minois

8.
Quelle aimable orgie
La mère arrondie
La fille étourdie
Tombent, verre en main
L'époux perd sa belle
On roule, on se mêle
Tout dort pêle-mêle
Jusqu'au lendemain

Source:

Paroles: DUMERSAN Théophile Marion, Chansons nationales et populaires de France, 1866, p. 46.
Musique: CAPELLE Pierre, La Clé du Caveau, N°1338.

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